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 Flash back (le 17/04/2007 à 02h07)

La "crise d'adolescence" est plus ou moins dure à vivre pour chacun.

 

Pour certain, ça passe inaperçu et pour d'autre, c'est un véritable enfer.

 

En ce qui me concerne, elle a débutée lorsque j'ai redoublé ma classe de 4e. J'avais donc un peu plus de 13 ans.

 

D'une nature timide auparavant, je me suis transformée. Je n'arrêtais pas de participer en classe. Je me suis présentée comme Déléguée des élèves, et j'ai été élue (à ma grande surprise)

 

A l'époque, nous habitions ma famille et moi à Strasbourg. Et en Alsace, les cours de religion catholique était obligatoire à l'école (pour les catholiques pratiquants bien sûr). La prof qui nous donnais les cours n'était pas une religieuse mais quelqu'un comme vous et moi. C'était quelqu'un de géniale avec qui on abordait toutes sortes de sujet. (religieux et autres)

 

Elle nous donnait un thème et nous devions chacun s'exprimer. Un jour, elle nous a dit le mot : mort. Qu'est-ce qu'elle n'avait dit là ! ... Quelqu'un a dit qu'il avait peur de la mort. Et moi, par esprit de contradiction, j'ai dit que je n'avais pas peur de la mort. Ensuite, quelqu'un d'autre a dit qu'il ne voulait pas mourir. Alors, moi j'ai dit que je voulais mourir...

 

Ca a bien sûr surpris la prof qui a cherché à communiquer un peu plus avec moi. Elle m'a prêté un livre de Marie Cardinale : "Les mots pour le dire".

 

A partir de ce jour, je me suis intéressée aux livres de psychologie. Du haut de mes 13 ans, je ne comprenais pas grand chose mais, ça m'intéressait quand même. Même "Les 5 leçons sur la psychologie" de Freud que ma sœur aînée étudiait en philo.

 

J'ai continué à avoir cet esprit rebelle "bien dans mes baskets" jusqu'à ce qu'on déménage pour Le Mans (ben oui, y a pas photo : Strasbourg ou Le Mans, c'est le jour et la nuit)

 

Quand nous y sommes arrivés, je rentrais en 2de. Lors de mon orientation, n'ayant pas de but professionnel précis, on m'avait dit de prendre une 3e langue. N'étant très douée pour les études, on m'avait conseillé de choisir l'espagnol (les 2 autres langues étaient l'anglais et l'italien)

 

Le palier entre le collège et le lycée, le changement de ville, l'italien avec l'espagnol (et al.) m'ont donné l'impression que j'avais débarqué sur une autre planète. Je me sentais complètement larguée.

 

C'est là que j'ai commencé à me dire que la vie n'était faite que d'obligations et que je ne voulais être obligée à rien. Je me disais : "pourquoi sommes-nous obligé de manger pour vivre ?" "pourquoi sommes-nous obligé de travailler pour pouvoir s'acheter à manger ?" "pourquoi sommes-nous obligé de dormir pour vivre ?". Ce fut le début d'une série d'interrogation sans réponse qui me convienne.

 

Les jours passaient, je mangeais de moins en moins. Je dormais de moins en moins. Si bien qu'un jour, je n'ai plus été capable d'aller à l'école.

 

Le médecin généraliste m'a prescrit un somnifère (en sirop) Et comme de bien entendu (pour ne pas dire attendu), le premier soir, j'ai avalé le flacon entier. Il faudrait dire aux fabricants de produits comme ceux-là ou à l'Etat qui les y oblige, d'arrêter de mentionner : "Ne pas dépasser la dose prescrite". C'est un moyen odieux de dire à ceux qui veulent en finir : "Allez-y !".

 

Et ce médecin, au lieu de se dire : Attention !, qu'est-ce qu'il a fait ? : il m'a prescrit des anti-dépresseurs et autres produits qui, à mon sens, ne devraient pas exister. Alors, moi, heureuse, qu'est-ce que j'ai fait ? !!! J’ai refait d'autres tentatives de suicide. Vive le système !

 

Comme j'arrivais toujours à me réveiller le lendemain matin (dans un piètre état bien sûr), il avait donné la consigne à mes parents qu'il ne fallait pas s'affoler et qu'ils devaient me faire boire beaucoup d'eau. Ben voyons, pourquoi s'affoler, je n'étais pas morte après tout !!! Vive les études en médecine !

 

Comme la situation ne s'arrangeait pas, il a conseillé à mes parents de m'emmener voir un psy. Celui-ci a conseillé une hospitalisation dans un service de psychiatrie dans une clinique normale.

 

Et c'est comme ça que le jour de mes 17 ans, ma vie de personne "normale" s'est interrompu. 3 Semaines d'hospitalisation : perfusion tous les jours, d'autres personnes sympas, 5 minutes par jour de visite du psy. Très efficace ! Surtout quand il a dit à mes parents : "Je suis désolé mais elle ne peut rester là plus longtemps et il est difficile d'entrevoir un retour chez vous. Je vous conseille une clinique neuropsychiatrique à côté de Tours. Quitte à être inefficace, autant l'être à plusieurs, hein ?!!!

 

Je me suis donc retrouvée dans cette clinique, qui cela dit en passant, j'aurais pu appeler "Club Méd" (entendez là : Club Médical"). On nous a fait la visite guidée, c'est là que j'ai appris que la propriété avait appartenu au frère de Jean Cocteau (ça nous fait une belle jambe !). Il y avait environ une quinzaine de femmes et autant d'hommes. J'étais la plus jeune, après on passait tout de suite à la trentaine.

 

Je l'appelle "Club Méd" parce qu'on pouvait faire ce qu'on voulait. Aucune contrainte, une visite chez le psy par semaine, et si on n'avait rien à lui dire (ce qui était mon cas), il nous disait de retourner avec les autres. Même les médicaments, c'était en option : l'infirmerie se trouvait au premier étage. C'était une pièce en longueur où il y avait une fenêtre au fond, juste à côté du lavabo où nous prenions des gobelets pour soit-disant avaler nos cachets. Sous prétexte qu'on y rentrait avec nos cigarettes, on demandait toujours si on pouvait ouvrir la fenêtre. Et là; on jetait tout par la fenêtre. Tous les soirs !!! Je ne sais pas si un drogué les récupérait en bas ou si l'équipe médicale n'en avait rien à faire mais jamais aucune sanction n'a été prise. J'ai rencontré toute sorte de personne : des drogués, des alcooliques, des suicidaires comme moi. J'y suis restée environ 7 mois.

 

Mes parents étaient en contact avec le conseiller d'orientation de mon ancien lycée. Il leur a proposé de me réinscrire pour redoubler ma seconde. Mes parents en ont parlé au psy de la clinique qui leur a répondu que c'était une très bonne idée étant donné qu'il ne pouvait rien faire pour moi. Mais qu'est-ce qu'ils ont dans le cerveau ces gens-là ? Après 8 mois de cloisonnement, hors du temps et du monde actif et "équilibré", allez hop ! balançons-la avec des jeunes puisque c'est une jeune ! Il ne s'était même pas rendu compte que ce n'était ni une jeune, ni un être humain que le système avait modelé mais une larve, pas encore un déchet mais avec un peu de patience, quelqu'un d'autre s'en chargerait.

 

Je suis donc retourné au lycée !!! Dans la dizaine de jours qui a suivi la rentrée, j'ai refait une tentative de suicide. Et cette fois, une méga : médocs et alcool. Le lendemain matin, quand mon père a essayé de me réveiller, j'étais dans une sorte de coma. Je me suis donc retrouvée aux urgences : lavage d'estomac (tout le monde dit que c'est affreux à subir mais en ce qui me concerne, je ne suis rendue compte de rien). Et là, le médecin a dit à mes parents que la seule solution qui restait c'était l'hôpital psychiatrique !!!

 

Après tout, on n'était plus à ça près ! Quitte à foutre ma vie en l'air, autant utiliser les grands moyens. Contrairement à ce qu'on pourrait en penser, je m'y sentais bien. Et c'est là toute l'erreur ! On y rencontre toutes sortes de folies (dans le sens large du terme). Aussi bien de la part des patients que du personnel hospitalier. Celui-ci nous fait payer toutes leurs frustrations, leurs haines et leurs peurs. C'est facile pour eux, nous sommes des proies faciles. Ils nous manipulent à leur guise. Par contre, il ne faut surtout pas mettre le doigt là où ça fait mal !!! Ils se vengent à coup de piqûres ! Deux gros malabars vous tiennent pendant que l'infirmière déverse toute sa rage dans l'aiguille d'une seringue. Si je n'avais eu le cran de dire ce que je pensais à la psy sur ses "compétences" et sur la volonté du système qui entretient le mal-être pour donner une raison d'existence à ce genre d'établissement, ce n'est pas 10 mois que j'y serais restée mais bien le reste de mon existence.

 

Et oui, j'ai été virée ! Enfin, pour la première fois de ma vie, j'avais réussi un exploit ! Bon, quelque part ils avaient réussi eux aussi leur coup : me transformer en déchet humain. Et puis, si on veut être un peu optismiste, peut-être que cette expérience les aura fait réfléchir sur eux-même. Après tout, il arrive que des miracles arrivent.

 

Un peu plus de 20 ans se sont écoulés depuis tout ça. 20 ans pour me reconstruire ou peut-être tout simplement me construire. Les marches ont été très hautes à gravir. Je n'ai pas la vie que j'aurais dû avoir, le travail que j'aurais eu les capacités d'avoir. Mais j'ai la chance de vivre avec quelqu'un qui m'aime et que j'aime, un travail qui me plait. Je profite enfin de ma liberté qu'une bande de gros nuls m'a volé pendant 1 an et demi.

 

Dernièrement, j'ai pris conscience que pendant plus de vingt ans, j'avais culpabilisé du mal que j'avais fait à ma famille et qu'en échange, à aucun moment, aucun membre de ma famille de m'avait posé de questions sur ce que j'avais vécu.

 

J'ai pris conscience qu'ils avaient évacués leur "problème" pendant un an et demi.

 

Jamais ils ne se sont excusés (ni mon père, ni ma mère).

 

Mon prochain travail est de ne plus les voir comme des monstres qui "m'aiment"...

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